Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

samedi 31 mai 2014

C'est grâce à un tweet que j'ai découvert le lancement du site "Colère : Nom féminin !" il y a quelques semaines (vive la Twittosphère again !). Autant vous dire que leur slogan "Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule" m'a tout de suite plu.

Des sacs et débardeurs contre le harcèlement de rue

Tu connais l'expression "porter des valeurs" ? Hé bien si le harcèlement dans l'espace public est l'un de tes combats (ce que j'espère bien), tu peux aujourd'hui porter tes valeurs au sens propre du terme. L'association Colère : Nom féminin propose en effet des sacs et débardeurs vraiment cool et utile pour dire stop au harcèlement de rue. Simple et efficace pour revendiquer au quotidien le droit de se balader dans la rue et d'être dans les lieux publics sans se faire harceler.

Débardeurs avec le slogan dans le dos pour prévenir les cons : 12€
Tote bag en coton bio : 10€

En plus d'avoir une typo qui déchire et d'être utiles, ces produits ne sont pas chers. Du coup, l'association a très vite été victime de son succès et les commandes ont explosé ! Tant mieux, parce qu'un projet comme ça le mérite amplement. D'ailleurs petit selfie militant avec mon débardeur que j'ai reçu il y a peu ^^ :

Débardeur "Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule"


Une association qui milite pour le respect de tous

Ce qu'il faut savoir, c'est que tous les bénéfices des ventes partent à des associations de lutte contre le harcèlement de rue, de lutte contre les violences faites aux femmes et de lutte contre les violences faites aux LGBT.

Sur leur page Facebook, on peut également lire que l'objectif de l'association est clairement intersectionnel "Femme mais aussi trans, cis, gay, bi, hétéro… le respect, c’est pour tout le monde, partout et maintenant. "

Alors agissons. Agissons maintenant. "Parce qu’on ne se laisse plus faire. Parce que personne ne devrait avoir peur. Ton geste comptes. Tu comptes."

Retrouvez l'interview de Laura, la créatrice de Colère : Nom féminin sur Madmoizelle.com.

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"Il se touche le sexe. J'ose pas bouger."

C'était il y a seulement quelques jours. J'étais dans le RER j'allais à une réunion pour mon association. Je portais une salopette- short en jean, un t-shirt des basket et un sac à dos : ni vulgaire, ni sexy, ni provocant. Plutôt même adolescente.

Mais voilà, un homme s'assoit en face de moi et commence à se toucher "discrètement". Il continue, me regarde de haut en bas. Ne quitte pas mes jambes de vu.. Continu de se toucher par dessus son jean. Il se fait plaisir et ça se voit. Son souffle s'accélère. Il se touche le sexe de plus en plus fort. Et il continue.

J'ose pas bouger. J'ai un peu peur c'est vrai.. Puis rien n'y fait, j'essaie de le regarder pour qu'il comprenne que je le vois la. Mais il continu.. Puis il se lève et change de place. Il va dans un endroit plus petit du RER (les places à 4 dans les RER a 2 étages). Moi j'ai cru qu'il voulait descendre du train.. Mais non. Enfin au début j'étais quand même rassurée. Même franchement soulagée.
Mais à mon tour de descendre.. Et là je le vois. Il était juste parti se finir.. Je le regarde. Il me regarde de haut en bas, un peu gêné et remonte sa braguette.

Humiliée et salie, j'ai honte. Je regrette de m'être habillée comme ça.. Et puis, stop, non ça n'est pas à moi d'avoir honte ! Alors j'ai décidé de partager ça. Quand je suis arrivée à ma réunion, je leur en ai parlé. On m'a ris au nez "Ahah il en faut hun !", "Ahah il est fou Ahahah", "rho ça vaaa on peut déconner oubli le ! Ahah" Bah non, on oublie pas. Moi ça m'a marqué.
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mercredi 28 mai 2014

"Cette salope de mère Noël"

C'était en décembre dernier. Je suis bénévole dans une association (c'est peut être mieux si on ne la cite pas.) Et à cette période, il y avait une action pour Noël. Moi j'avais le rôle de la mère Noël. Pour cette action, on était en association avec une agence immobilière plutôt renommée. 

Arrive la soirée tant attendu. Des centaines d'enfants sont présents. Des parents, des politiques. Tout le monde sourit, des mamans ont des larmes aux yeux. Le père Noël arrive avec ses lutins et sa femme, moi, la mère Noël. La magie opère, c'est géniale !

Mais, à un moment, je passe devant un groupe d'agents immobiliers venu représenter l'agence, et voilà que j'entends "eh tiens regarde la cette salope de mère Noël !"..

Devant des familles entières, devant des amis-collègues-bénévoles aussi.

Sur le coup je me suis retournée immédiatement et un "PARDON ?? J'AI BIEN ENTENDU LA ??" est sorti tout naturellement.  S'enchaîne une petite discussion entre l'agent en question et des collègues à lui qui le soutiennent. On me dit qu'il faut que je lui pardonne, "comprenez mademoiselle il est un peu bourré". 

Je m'énerve. Mais je décide de mettre fin à cette discussion car j'étais la mère Noël et je devais représenter quelque chose. Mais après je suis allée voir le responsable de mon asso' qui en a parlé immédiatement au directeur de l'agence. 

J'ai eu le droit à des excuses publiques particulièrement émouvantes.

Mais ça ne me l'a pas enlevé du travers de la gorge..

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dimanche 25 mai 2014

Le harcèlement de rue concerne en grande partie les femmes mais pas seulement. Toutes celles et ceux qui sortent du chemin hétéronormé et de la logique binaire des sexes sont davantage susceptibles d'être victimes de harcèlement dans l'espace public. Selon le dernier rapport de SOS Homophobie, les cas de LGBTphobies ont explosé en 2013 et la rue reste l'espace principal où se manifeste cette intolérance. 

LGBTphobies dans les lieux publics

Le genre mais aussi l'orientation sexuelle sont sources de nombreuses discriminations dans l'espace public. Gays, lesbiennes, bi, trans sont loin d'être épargnés par les insultes et propos haineux dans la rue et les lieux publics. Le rapport annuel 2014 de SOS Homophobie démontre d'ailleurs une augmentation des cas de LGBTphobies dans l'espace public en 2013.

"Avec 291 cas de LGBTphobies rapportés en 2013, contre 165 en 2012, les lieux publics ont été une scène à ciel ouvert d'une intolérance oppressante pour les personnes homosexuelles, bisexuelles et trans... ou perçues comme telles. La rue et les parcs restent les principaux lieux où se manifestent l'homophobie, la biphobie et la transphobie dans ce contexte (2/3 des témoignages), suivis des transports en commun (12%) et des lieux de drague (6%)." 

The Center for American Progress s'est aussi penché sur la question de la transphobie dans l'espace public aux États-Unis et les chiffres sont accablants. Selon leur étude, 53% des personnes transgenres ont été harcelées verbalement et injuriées dans des lieux publics.



Une société hétéronormée et intolérante

Les cas de LGBTphobies ont explosé en 2013 suite aux débats sur le mariage pour tous, c'est un fait. Cette vague d'intolérance n'est pas passée inaperçue puisqu'elle a été massivement relayée par les médias. Mais à qui la faute ? La Manif pour tous est selon moi la partie visible de l'iceberg et est symptomatique de la société hétéronormée dans laquelle nous vivons. L'hétérosexualité est la norme, c'est "naturel".  La logique binaire des sexes aussi : tu es sois un homme, sois une femme et on t'incite continuellement à correspondre à ces standards genrés. D'ailleurs, dans les cours d'"éducation sexuelle", (aussi loin que je m'en souvienne), on ne m'a jamais parlé de rapports entre personnes de même sexe ni expliqué ce que signifiait le terme transgenre. C'est pour vous dire à quel point on nous apprend (apprenait, j'espère que ça a un peu changé depuis) à rester cantonner à cette vision hétéro de la sexualité. En dehors de l'école, nous baignons aussi dès l'enfance dans cette culture de l'hétérosexualité à travers les dessins animés, les jouets, la publicité et j'en passe.

Sortir de ce cadre hétéronormé reste toujours un combat aussi bien dans l'espace public que dans la sphère privée. Aujourd'hui encore, le risque de suicide chez les jeunes homos est 6 à 7 fois plus élevé que chez les hétéros. Aujourd'hui encore, certains couples de même sexe n'osent pas se tenir la main ou s'embrasser dans certains lieux publics, d'autres hommes préfèrent s'habiller de façon plus virile pour ne pas être perçus comme gays et se prendre des remarques homophobes dans la rue. Cette oppression est réelle et est très bien expliquée dans l'article "Des hommes harcelés dans la rue."

La notion d'intersectionnalité

Le harcèlement dans l'espace public ne peut donc pas s'étudier uniquement sous le prisme de la domination homme/femme car de multiples formes de domination sont en jeu. Et c'est ce qui m'amène à évoquer la notion d'intersectionnalité (terme que j'ai découvert grâce à Twitter donc reconnaissance éternelle envers les féministes que je follow ^^). L'intersectionnalité permet en effet de penser l'articulation entre différentes formes de domination et discriminations dans la société. Racisme, sexisme, LGBTphobies, rapports de domination entre classes sociales, autant de réalités, de problématiques qui doivent être appréhendées et combattues ensembles.

Tweet de Laverne Cox sur la transphobie et la misogynie Petite capture d'écran du tweet de Laverne Cox qui l'a rappelé à l'occasion du hashtag #YesAllWomen.


C'est dans cette logique que nous devons penser le harcèlement dans l'espace public. L'intolérance, sous toutes ces formes, est tout simplement inacceptable. Et dans ce contexte de haine décomplexée envers les minorités, c'est à nous d'agir.
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samedi 24 mai 2014

Le harcèlement de rue n'a pas de profil

Est-ce qu'il existe un profil sociologique du harceleur de rue ? Cette question qui me taraude et que j'ai mentionné à la fin de l'article "Sexualisation de l'espace public et harcèlement de rue" m'a amené à lire de nombreux articles et témoignages sur le sujet. Au fil de ces lectures (et de mes expériences), j'en ai conclu qu'en réalité il n'y avait pas de profil. Les harceleurs de rue sont de toutes les origines et de tous les âges. Tout le monde peut être un harceleur sexuel.




Racisme et harcèlement de rue

Premier point : le harcèlement de rue n'a pas de couleur de peau.
Comme l'a expliqué Anne-Charlotte Husson dans son article "Féminisme, racisme et harcèlement de rue" :
"J’ai été harcelée par des hommes blancs, des arabes, des noirs. Pas de systématicité, donc."
"Encore une fois, le harcèlement de rue est loin d’être l’apanage des non-Blancs. C’est une manifestation parmi d’autres, et une des plus visibles, de la domination masculine, qui est elle aussi bien portante dans notre société, merci pour elle."

 Même expérience de mon côté. Des hommes blancs, arabes ou noirs m'ont harcelé dans la rue. La misogynie, le sexisme et les violences envers les femmes sont de toutes les origines. Parce que s'il existait un pays ou une culture sans discriminations de genre, tout le monde irait vivre là bas et moi la première...

P.S. : Donc les racistes, arrêtez d'utiliser le harcèlement dans les lieux publics pour nourrir votre haine.

Le harcèlement de rue à tout âge

Deuxième point : le harcèlement de rue n'a pas d'âge.
J'ai été harcelé tout aussi bien par des hommes de mon âge que par des hommes qui avaient l'âge de mon père (dernièrement un homme d'une cinquantaine d'années m'a suivi en voiture pour voir où je rentrais, tout naturellement). 

Et au sujet de l'âge des harceleurs, j'ai lu des témoignages assez stupéfiants dont le témoignage de ce père, dans l'article "Le harcèlement de rue intériorisé", qui explique que sa petite fille de 7 ans a déjà été harcelée par des gamins de 10-12 ans. Alarmant.

Je ne me souviens plus de la première où l'on m'a harcelé dans l'espace public mais c'est vrai que dès le plus jeune âge on intériorise cela de façon quasi naturelle, sans s'en rendre compte. Ne pas répondre, faire profil bas, ne pas être agressive ni violente. Quand on est enfant ou ado, c'est plus simple de suivre le mouvement que de faire des vagues.

Même constat avec ce témoignage sur le site stopstreetharassment.org "Young boys, hardly 10 years old, already harassing women ?!. Les stéréotypes de genre et les comportements de harcèlement sont intégrés dès le plus jeune âge par les garçons et c'est souvent de l'imitation de situations qu'ils ont déjà vu ou vécu. 


Tout le monde peut être un harceleur sexuel

Au final, le harcèlement de rue est devenu ordinaire parce qu'il est commis par des hommes ordinaires. Cet harceleur dont on parle peut tout aussi bien être notre ami, notre fils, notre frère ou notre père. Et ne rien faire en tant que parent ou proche, ne rien dire lorsqu'ils harcèlent quelqu'un dans la rue, c'est accepter leurs actions. C'est accepter le harcèlement de quelque nature qu'il soit.



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jeudi 15 mai 2014


Petite sélection d'articles de la blogosphère sur le harcèlement de rue. Elle sera mise à jour régulièrement au fil de mes lectures, de vos partages et de nos échanges.

Artiste : Blue Media Boutique (pour HollabackATLANTA)

Témoignages sur le harcèlement de rue


Articles sur le harcèlement dans les lieux publics


Illustrations & BD

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mardi 13 mai 2014


Sur Twitter, je regarde régulièrement les tweets sur le harcèlement de rue et c'est comme ça que je suis tombée sur le tweet de Juliette Lancel, doctorante à l'EHESS et féministe : 


Projet photo sur le harcèlement de rue

Ce projet photo sur le harcèlement de rue m'a tout de suite intéressé. Et pour en savoir plus sur l'initiative de Juliette, voici une petite "interview" informative.

En quoi consiste ton projet photo sur le harcèlement de rue ?

Mon but est de réaliser des portraits de nombreuses femmes en y accolant leur témoignage d'un moment durant lequel elles se sont pris le harcèlement de rue de plein fouet. En général, la difficulté pour les modèles est d'ailleurs de choisir parmi de nombreux cas.


Quel est le but de cette initiative ? Pourquoi choisir de relier la photographie aux témoignages sur le harcèlement de rue ?

Un témoignage, c'est souvent une suite de phrases anonymes, de fragments de vie abstraits. La photographie apporte une autre approche, un autre regard, sur lequel s'appuient les mots de la personne qui se raconte.
Ce projet est destiné aux femmes, pour montrer qu'il est possible de libérer la parole comme cela commence à être le cas, que le harcèlement de rue n'est pas une fatalité mais le fruit d'une violence sociale à l'égard des femmes et qu'il peut être combattu. Il est aussi destiné aux hommes qui ignorent ou se méprennent sur la réalité de ce que peut vivre une femme dans l'espace public. Car non, ce n'est pas un compliment.


Qu'est-ce qui t'as amené à créer ce projet ?

C'est en discutant avec des membres du collectif (essentiellement) masculin Même pas Mâle et la blogueuse féministe Daria Marx qu'a germé ce projet. Je me sers de ce que je sais faire, pour tenter d'être une part de la solution et pas du problème.


Comment peut-on participer à ton projet photo ? Est-ce que tout le monde peut prendre part au projet ?

Absolument toute femme, quelle que soit son âge, son poids, son origine, son expérience peut prendre part au projet. La seule contrainte est que les séances photo ont lieu en région parisienne. A part cela, il suffit de rejoindre le groupe facebook, de répondre au doodle ou de s'inscrire sur une des séances que je propose.
Comme la phase de préparation touche à sa fin, il faut faire vite, puisque je ne compte plus organiser qu'une seule séance.


Et est-ce que les photos seront exposées ou diffusées sur un site internet ?

Les photos seront diffusées sur un tumblr consacré au projet et pourront être partagées. En revanche, aucune exposition n'est prévue à ce jour, mais je suis ouverte à toute proposition.
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Grâce à ce blog, je m'interroge chaque jour sur le harcèlement dans l'espace public et ses causes. Pourquoi certains hommes s'autorisent à harceler des femmes dans des lieux publics ? Existent-ils des facteurs qui peuvent inciter au harcèlement de rue dans notre société ? Parce qu'au final, on ne naît pas harceleur : on le devient.

La sexualisation de l'espace public

Notre environnement nous façonne en partie et c'est en cela que la sociologie me passionne. Dès notre enfance, on baigne dans un monde pleins de stéréotypes de genre qui vont inconsciemment agir sur notre façon d'être et notre façon de penser. La sexualisation de l'espace public peut donc être, selon moi, un facteur du harcèlement dans les lieux publics. 

La publicité (entre 500 et 2000 messages publicitaires par jour), les dessins animés (dont les Disney bien évidemment), les films, les séries, la musique et j'en passe, nous balance chaque jour des clichés sexistes à la gueule qu'on le veuille ou non. On peut essayer de les éviter mais à moins de devenir un ermite on ne peut y échapper.

Francine Descarries, sociologue et directrice du RéQEF, étudie la sexualisation de l'espace public et a réalisé une conférence sur le sujet en octobre 2013 à l'Université du Québec.



Elle y explique notamment que les nouveaux stéréotypes de genre diffusés dans l'espace public au Québec (mais ça s'applique aussi à la France) "ont tendance à confiner les femmes à leur rôle de séductrice et d'objet sexuel". "La sexualisation de l'espace public aboutit à la sexualisation de la personne. C'est une norme que l'on fini par assimiler soi-même." "Ça amène souvent à se voir soi-même comme un objet et les autres à nous voir en tant qu'objet également."

Au final, l'abus de l'utilisation du corps des femmes (surtout dans la pub) dans l'espace public permet au stéréotype de la "femme objet", "femme disponible, prête et maléable", de prospérer dans nos sociétés. 

Le stéréotype de la "femme objet"

Ce stéréotype de la femme en tant qu'objet sexuel, on le retrouve aussi bien dans les salons de l'automobile, que dans des pubs TV pour des parfums et même sur des packagings de table à repasser.


La femme soubrette que l'on retrouve sur ces packagings me fait d'ailleurs penser aux fantasmes et représentations hommes/femmes véhiculés par certains films pornos.
Dans le porno justement (la pornographie gonzo notamment), Francine Descarries le mentionne brièvement dans son intervention, on retrouve aussi cette image de la femme objet, à disposition de l'homme quand il en a envie, où il en a envie et surtout, comme il en a envie. Les fantasmes masculins (et féminins d'ailleurs) sont en partie construits par ces images de femmes soumises où tout tourne autour du plaisir de l'homme. D'ailleurs l'éjaculation marque quasiment toujours la fin du film du style "Il a joui c'est bon on peut couper".

Alors, je ne dis pas de ne plus regarder de porno, au contraire ! Comme l'a dit Annie Sprinkle, "La réponse au mauvais porno, ce n'est pas la fin du porno, mais au contraire plus de porno" Par conséquent, il serait bon d'amener les réalisateurs, réalisatrices, actrices, acteurs porno à s'intéresser davantage au plaisir féminin tout en analysant les stéréotypes et rapports de sexe qui sont véhiculés par les films X. David Courbet s'est d'ailleurs intéressé au sujet dans son ouvrage Féminismes et pornographie et parle de réalisatrices comme Ovidie qui brisent les standards pornographiques dominants en mettant à l'honneur les femmes comme être sexuel et non pas comme objet sexuel. Si le sujet vous intéresse, je vous encourage vivement à lire ce livre.

Des facteurs multiples en cause

Je me suis un peu égarée sur le porno et vais en rester là pour l'instant parce que bien évidemment, il y a de multiples facteurs qui peuvent inciter au harcèlement dans l'espace public. Cet article est juste le début de réflexion par rapport à cette question qui me trotte dans la tête : "Pourquoi, et surtout comment, devient-on un harceleur ?"

Je me suis rapidement penchée sur les liens entre sexualisation de l'espace public, stéréotype de la femme objet et harcèlement dans l'espace public car j'ai reçu pleins d'infos sur ces thématiques ces derniers jours et que j'ai souhaité commencer par là. D'autres articles sont à venir, notamment sur le lien entre culture du viol et harcèlement dans l'espace public.

Cependant, ces analyses macro sociologiques ne peuvent pas permettre de tout comprendre. Il faudrait analyser les trajectoires des individus pour comprendre pourquoi ils agissent ainsi. Est-ce qu'il existe un profil du harceleur ou est-ce que tout le monde peut l'être ? Buzzfeed affirme dans son dossier sur la culture du viol que tout le monde peut être un violeur. Pouvons-nous dire la même chose pour le harcèlement de rue ?

Si vous connaissez des études qui ont été réalisées sur le sujet ou si vous êtes vous-même en train d'étudier le harcèlement dans l'espace public, n'hésitez pas à me contacter.

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jeudi 8 mai 2014

Sociologie du harcèlement dans l'espace public

L'objectif de cette page est de regrouper les ouvrages, articles, études sociologiques et rapports existants (en français) sur le harcèlement dans l'espace public. Si vous souhaitez compléter cette liste, n'hésitez pas à nous contacter.


Non c'est non de Irène Zellinger sur le harcèlement de rue


DENÈFLE Sylvette, Femmes et Villes, Presses Universitaires François Rabelais, 2004


Ouvrage Femmes et Villes de Denèfle Sylvette

Articles

CONDON Stéphanie, LIEBER Marylène, MAILLOCHON "Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines", Revue française de sociologie, 2005

BEZIANE Laetitia, "Tous égaux dans l’espace public urbain ?", 2009

JEAN-LOUIS Jimmy "Le harcèlement de rue ne doit plus être banalisé", 2009

Plus axé psychologie sociale, il y a également "Comment (faire) réagir en cas de harcèlement de rue ?" sur Madmoizelle.com


Conférences

DESCARRIES Francine, Sexualisation et espace public, 2013





Si vous êtes à l'aise avec la langue de Shakespeare, le site Stopstreetharassment.org a créé une liste des études, rapports, articles et thèses sur le harcèlement de rue. Rendez-vous sur la page Articles & Books.

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vendredi 2 mai 2014

Commencer par dénoncer le harcèlement de rue

Pour lutter efficacement contre le harcèlement de rue, commençons par le dénoncer. Partout dans le monde, qui que l'on soit, We Chalk Walk propose de se réapproprier l'espace urbain et d'interpeller les harceleurs et les passants en laissant des messages à la craie à l'endroit où l'on a été harcelé, insulté et/ou suivi.

S'exprimer, interpeller et réveiller les consciences

Harcèlement urbain, remarques sexistes, racistes, LGTBQIA-phobies... face à ce genre de situations et surtout face à  l'ampleur du problème, nous nous sentons souvent désarméEs. Faire un doigt d'honneur soulage au début jusqu'au jour où l'on comprend que notre majeur ne changera pas le monde.

Comme l'explique We Chalk Walk, initiative du mouvement Hollaback!, nous avons le pouvoir de mettre fin au harcèlement de rue (ou du moins d'initier cela). Nous avons le droit de marcher dans la rue, de s'asseoir sur un banc dans un parc, d'être nous-même sans se faire harceléEs. Mais puisque cela ne va pas de soi, il faut le revendiquer et le rendre visible. 
Marquer la rue en laissant un message à la craie permet de s'exprimer, d'interpeller et de réveiller les consciences. Un seul message laissé sur un trottoir ou dans un parc peut faire réfléchir une passante/un passant.

Voici quelques exemples de messages extraits du Tumblr et de l'article "We chalk walk : le tumblr qui dénonce le harcèlement de rue" de Terra Femina : 




Un moyen d'action simple et non violent

Laisser un message à la craie dans la rue est un moyen d'action simple et non violent (d'ailleurs, se balader avec une craie dans son sac c'est plus sympa que d'avoir un couteau ou une bombe lacrymo). Le principe est qu'à chaque fois que quelqu'un tente de nous intimider, on laisse un message à son intention, on le prend en photo et on le diffuse sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ChalkWalk et #stopharcèlementderue. En faisant cela, on rend ce harcèlement de rue, qui est très souvent éphémère (quelques secondes la plupart du temps), visible aux yeux de tous. On aide les personnes dans la même situation à se sentir moins seules. On interpelle les harceleurs en répliquant et en leur faisant comprendre que leur comportement a un impact, que ça reste inscrit quelque part, sur le sol comme dans notre esprit.

Depuis quelques années, des initiatives de Street Art voient également le jour partout dans le monde comme Stop telling women to smile ou les affiches de Lily de Pernety à Paris





Alors pourquoi ne pas commencer comme ça ? Quelques messages, quelques affiches, quelques oeuvres peuvent initier un changement.

Se mobiliser seulE ou collectivement dans notre ville, dans notre quartier pour ne plus subir mais agir. 

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jeudi 1 mai 2014

C. : Ils étaient devant l'appart de chez X, à peine ils m’ont vu traverser la route et venir vers eux qu’ils se sont excités. Un mec a même crié « Drague-la ! Drague-la ! » à son pote, devant moi. Je suis passée à côté d’eux sans les calculer et j’ai sonné. Le temps que le coloc’ de X réponde à l’interphone, ils m'ont encerclé et ont commencé à me regarder comme un bout de viande, de haut en bas, sans AUCUNE gêne en disant que j'étais « grave bonne », « fraiche » suivi de questions à la con du genre « T’es mariée ? Tu fumes du shit ?Esh’ ! » etc... et après y'a un gros porc qui a dit qu'il aimerait bien se la faire (en parlant de moi). Des trucs obscènes, regards lubriques, gros chiens en manque quoi.

Après de très longues minutes d’attente, le coloc’ de X m’a répondu avec une petite voix fluette pour rire (parce qu’il savait que c’était moi) du coup, le fait d’avoir précisé que j’avais un copain ne les a pas convaincu du tout. Croyant que je me foutais de leur gueule, ils ont redoublé de connerie et ont commencé à m’insulter, à me tourner autour comme des vautours pour me faire paniquer. J’ai crié « Ouvre, ouvre, ouvre !!! » à l’interphone avec la voix qui tremble. En entendant ça, il m’a ouvert et il est descendu furax parce qu’il avait compris qu’il y avait un problème en bas. Ils en ont profité pour rentrer aussi dans l’immeuble. J’me suis dirigée vers l'ascenseur, ils m'ont suivi, ils voulaient monter dedans avec moi mais j'ai réussi à le refermer avant qu'ils rentrent. Alors ils ont regardé le numéro de l'étage et ils ont commencé à gueuler et à taper partout dans les couloirs. Ils étaient 8 ou 9.

L. : Putain abusé oO... Et tout ça s'est passé entre le moment où tu t'es garée et le moment où tu es allée jusqu'à la porte de l'immeuble ?

C : Ouais, il y a 20m maximum. Et à un moment il y en a un qui s'est approché de moi, il voulait m'attraper, me toucher ou je sais pas quoi. Et comme j'ai eu peur, sous le coup de l'angoisse j'ai gueulé "Essaye même pas connard !".

Du coup il l'a pas fait, il a été surpris parce que depuis le début je leur répondais pas et je traçais. Là, comme j'ai eu une montée d'adrénaline, ça l'a choqué et j'ai pu un peu avancer mais il est quand même resté derrière moi et les 8 autres sont revenus au galop après.

L. : C'est vraiment hallucinant...

C. : Ah nan mais j'étais sous le choc. Mes potes ont essayé de me rassurer, ils voulaient leur casser la gueule, mais vraiment, ils étaient hors d’eux vu que je suis comme leur petite sœur. Mais j'ai entendu de ces trucs dégueulasses, j’en suis restée sans voix, ils ont clairement un problème ces mecs, c'est des détraqués.

En gros ils parlaient clairement de faire un gang-bang à 8 avec moi quoi, comme si j’allais leur répondre un truc du genre : Ouais génial, j’ai hâte ! Dans l’appart’ (pas devant eux heureusement, j’ai une fierté à entretenir) j'ai les larmes qui me sont montées d'un coup, j'arrivais pas à me calmer et mes potes sont devenus encore plus fous quand je leur ai raconté.

L. : C'est des harceleurs et agresseurs en puissance donc oui ils ont un problème. Et forcément ça choque, on ne peut pas ne rien ressentir même si l'on sait que ce sont des tarés.

C. : Du coup maintenant j'ai peur qu'ils m'attendent de nouveau pour se venger parce qu'on a appelé les flics et ils savent que c'est nous.

L. : Ils t'ont suivi jusque dans l'immeuble ?

C. : Oui oui, ils sont rentrés et tout. Déjà derrière chez X je passe plus parce qu'à chaque fois un groupe s’en prenaient à ma voiture (ils balançait tout ce qui leur passait sous la main sur ma caisse… C’est peut-être les mêmes d’ailleurs) alors je faisais un détour pour me garer. Là maintenant devant sa porte d'entrée j'ose plus non plus, il me reste plus que le garage quoi. C'est ridicule !

Franchement, ils ne m'ont pas touché, heureusement, mais j'ai entendu des trucs tellement horribles que je me suis sentie sale limite.

L. : Ok et les flics ont fait quoi ?

C. : Ils les ont dégagés de l'immeuble et ils en ont embarqué un qui avait du shit sur lui. J'ai pas dormi avant 4h du matin, je suis totalement déphasée. Mais j’ai aussi la haine, je suis encore sous le choc, j’ai envie de les flinguer tous autant qu’ils sont, bande de lâches. J'ai vraiment eu peur qu'il m'arrive quelque chose et honnêtement je suis sûre à 99% que si j'avais pas été en face de l'immeuble et que j'avais tourné dans la ruelle, il se serait passé quelque chose !

T'aurais dû les voir, des monstres assoiffés de cul que rien, même le fait d’être sur une des routes les plus fréquentées de Mulhouse, n’aurait arrêté !
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A chaque fois qu’un homme, un jeune homme, pour ne pas dire un garçon (si, même préadolescents, certains attaquent déjà !) m’interpellent d’une façon ou d’une autre dans la rue, j’ai toujours appris à les ignorer et à rester de marbre.

Devant la bêtise de certains, quelque fois pourtant, je ne peux pas me taire. Mon arme secrète : l’humour. Ce qui déstabilise ces messieurs, le temps de me laisser filer. C’est ce que ma mère m’a appris depuis toute petite : « si un homme te parle dans la rue et que tu ne le veux pas, s’il te bloque le passage, cherche toujours un moyen de t’extirper, une porte de sortie, quelle qu’elle soit. »

Malheureusement, en répondant à ces remarques par l’humour, je suppose qu’ils en viennent à penser que cela me fait plaisir, que je démarre un jeu de séduction. Ce qui, si moi aujourd’hui me permet de filer, pourra porter préjudice à une autre femme qui n’aura peut-être pas le réflexe de lui envoyer une remarque piquante tout en jouant la carte de l’humour.

Parce que, NON, ça ne me fait pas plaisir, NON, je n’ai pas envie de rigoler avec un imbécile qui me demande où je vais passer ma soirée, si je veux faire un bout de chemin avec lui : NON, si j’ai un « 06 » : NON, ou encore qui me sort une phrase de relou « Mademoiselle vous devriez porter des lunettes… » Et devant mon air dubitatif « Quand on a d’aussi jolis yeux, il faut les mettre sous verres… » : NON, désolée, je crois qu’on rêve toutes de quelque chose de plus stimulant intellectuellement.

Je me demande vraiment s’ils espèrent conclure avec nous de cette façon, si quand j’entends « eh mademoiselle, t’es bonne ! » je vais me retourner et lui dire « Wahou, tu es celui avec qui je vais finir ma nuit/ma vie! »

Je me souviens d’une fois où, alors qu’un jeune homme me balançait un : « ta robe, c’est une robe de salope ! » ; avoir demandé (dans un élan de courage provoqué par la présence de personnes autour de moi) s’il aimerait que sa mère ou sa sœur se fasse alpaguer dans la rue de la sorte. S’en est suivi une flopée d’insultes, toutes plus subtiles les unes que les autres. Mais je pense avoir remué ce jeune homme ce jour-là, avoir amorcé un début de remise en question. En tout cas j’en ai l’espoir. Parce-que ces hommes ne supporteraient probablement pas qu’on parle comme ça à leur sœur, à leur mère, à des femmes qu’ils estiment ne pas être dans la même catégorie que celle de ces « inconnues » qu’ils agressent, parce qu’il s’agit bien d’une agression dans la plupart des cas, verbale, certes, mais agression quand même.

Je pense en effet, en référence à l’article « DOIT-ON SE PRÉMUNIR CONTRE LE HARCÈLEMENT DE RUE ? », qu’il faut sensibiliser les hommes de tous les âges à ce problème.
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