Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

lundi 28 avril 2014

Doit-on se prémunir contre le harcèlement de rue ?


Un sifflement un jour, une remarque sexiste l'autre jour, une injure un soir, le harcèlement de rue s'opère à un instant T mais aussi sur le long terme. Ces petits actes de "drague de rue" s'accumulent au fil du temps et agissent au final sur notre comportement, qu'on le veuille ou non. On évite certaines rues, on met des robes moins courtes ou moins "provocantes", on ne se balade plus seule le soir, on fait semblant de téléphoner à quelqu'un quand on passe à côté d'un groupe de mecs la nuit, etc.

Pourquoi accepter de changer notre comportement ?

Avec le hashtag #Safedanslarue, de nombreuses femmes ont pu témoigner sur Twitter en expliquant comment elles vivent le harcèlement de rue. Des témoignages que l'on peut aussi retrouver sur le site france.ihollaback.org.
Je me suis rendue compte grâce à ces prises de paroles qu'on a toutes plus ou moins intégrées certaines "stratégies" et "techniques" pour éviter de se faire emmerder dans la rue. D'ailleurs, en ce qui me concerne, le résultat n'est pas très convaincant. Peu importe ce que je porte et peu importe ma tronche, ça ne loupe jamais.

Témoignages #Safedanslarue sur Twitter
Témoignages #Safedanslarue contre le harcèlement de rue

Faire semblant de téléphoner, ne plus porter de talons, avoir une arme de secours dans son sac, marcher rapidement, être toujours sur le qui vive... Doit-on réellement se prémunir contre le harcèlement de rue et accepter de modifier notre façon d'être ?  C'est la question que je me suis posée récemment.
Comme je l'ai expliqué dans l'article "Qu'est-ce que le harcèlement de rue ?", j'ai aussi intégré tout ça. Je dis aussi à toutes mes amies de m'envoyer un SMS quand elles rentrent chez elle à pied ou de m'appeler immédiatement si un quelqu'un les suit. Je ne fais pas ça avec mes potes mecs. J'évite de porter des talons quand je sais que je vais devoir rentrer seule pour ne pas me faire remarquer.
Mais en faisant ça, en laissant le harcèlement de rue agir sur ma vie, sur ma façon de penser, en laissant cette peur perdurer quand je sors seule, j'accepte de vivre avec. Et ce même si je le dénonce.


Agir contre le harcèlement de rue et pas contre nous-même

Je ne veux plus être parano. Je ne veux plus rentrer le soir seule la peur au ventre (le stress c'est très mauvais pour la santé en plus). Je ne veux plus m'interdire certaines tenues courtes ou des robes moulantes qui mettent mes formes en valeur. Se sentir belle, porter les vêtements que l'on aime, c'est un des moyens de s'approprier son corps, de s'épanouir et d'être heureuse tout simplement. Hors de question de continuer à laisser les harceleurs m'enlever ma liberté d'être qui je suis.
D'ailleurs, je ne sais pas qui a dit un jour que telle ou telle tenue voulait dire que "je suis disponible", "j'ai envie de sexe" ou "j'aime me faire draguer". Arrêtez de projeter vos fantasmes sur nous.  

Tout ça pour dire que "faire avec" le harcèlement de rue ne nous aidera pas sur le long terme et n'améliorera pas la condition féminine dans notre société. Le collectif Stop harcèlement de rue l'a bien compris en encourageant dans un premier temps les femmes à agir et, dans un second temps, en s'attaquant directement aux harceleurs.

Tract stop harcèlement de rue : agissons !

Une zone anti-relou a également été inaugurée à Paris il y a quelques jours. Ces actions sur le terrain sont pour l'instant cantonnées à la capitale mais je suis persuadée que dans quelques mois des zones anti-relous vont être créées partout en France (et même peut-être qu'un jour tout le pays sera une zone anti-relous).

Et pour agir contre le harcèlement de rue sur le long terme, pourquoi ne pas sensibiliser les jeunes dans les collèges, lycées et dans les centres socio-culturels ? On pourrait ainsi expliquer clairement aux ados de 14-15 ans ce qu'est le harcèlement de rue. Certains jeunes se rendraient ainsi peut-être compte que siffler une femme ou crier "Hé mademoiselle, t'es trop bonne !" n'est pas un jeu comme ils le pensaient. Que ce comportement a un impact sur les personnes ciblées.
Ces interventions permettraient d'expliquer aux jeunes filles comment agir face au harcèlement de rue. Leur dire de ne pas laisser passer ce genre d'actes, de ne pas "faire avec" justement. Leur expliquer une bonne fois pour toute que leur corps leur appartient. Ce n'est pas parce que l'on porte une tenue sexy que l'on doit accepter de se faire traiter de pute ou de salope. Ce n'est pas elles le problème. Chacun mérite le respect, peu importe son look, peu importe son physique, peu importe son sexe, peu importe son orientation sexuelle. 

Mais qui va initier cela ? L'État ? L'Éducation Nationale ? Je n'y crois pas trop. Les associations féministes et les collectifs contre le harcèlement de rue ? Ça me semble déjà plus plausible.

N'oublions pas que les jeunes d'aujourd'hui sont les adultes de demain. Donnons leur les moyens de se libérer du harcèlement de rue.

Read More

samedi 26 avril 2014

Harcèlement de rue : l'effet cocotte minute




Harcèlement de rue du vendredi



Read More

jeudi 24 avril 2014

Mardi 8h du matin, je suis prête à aller au boulot. Aujourd’hui, j’ai choisi un chemisier bleu et un pantalon rouge assez casuals, le dress code n’est pas strict ni BCBG là où je bosse. Avant de prendre la voiture, je me rappelle que j’ai un courrier à poster. Je regarde ma montre : j’ai encore le temps. Je décide de faire un saut en bas de la rue, où se trouve la boite aux lettres. 500m à pieds, petite mise en jambe du matin, rien de bien méchant. J’y arrive vite. Je suis à deux doigts de glisser mon courrier dans la fente, quand une énorme BMW s’arrête à côté de moi. Besoin d’aide peut-être ? Je lance un « bonjour » tonitruant, agrémenté d’un grand sourire. Bah oui, il est 8h du mat, il fait beau, il fait doux. Pas de quoi faire la gueule. Le pelé au volant me regarde avec un air interloqué, comme si c’était moi qui venait de m’arrêter devant lui. Silence bizarre. Enfin, il se lance, hésitant : « Vous travaillez là ? ». Mais qu’est-ce qu’il me raconte lui ? Il voit bien que non je suis devant une boîte aux lettres avec ma demande de remboursement CPAM en main… « Heu… Noooon… ». Nouveau silence bizarre. Le mec se démonte pas : « Vous êtes bien jolie, on ne se serait pas vus sur un site ? » « Je crois pas, non. ». Et là, c’est l’escalade : « … Et sinon, ça vous dit de passer cinq minutes de bon temps avec moi en échange d’argent ? Juste une petite fellation comme ça. » Owwwww, c’était donc ça. Il m’a prise pour une pute ! Comment, pourquoi je n’en ai aucune idée. Je n’ai pas le look de la prostituée, je n’ai pas l’attitude de la prostituée, je n’ai aucune raison d’être une prostituée là, dans une ville à la moyenne d’âge de 75 ans, à 8h du matin, alors que tout le monde s’en va bosser. Comment on se sent quand on reçoit des propositions graveleuses à 8h du mat alors qu’on pensait innocemment pouvoir rendre service ? Dégoûtée, parce qu’un inconnu a eu l’idée complètement conne de croire que t’étais du genre à les tailler comme ça (bah oui, t’avais sûrement une tête à les aimer au petit dej !). Le fait de s’être bien habillée avec des couleurs et avoir mis un peu de maquillage pour la bonne mine, parait soudain de trop. Mais qu’est-ce qui t’as pris de te faire aussi voyante avec ce pantalon rouge ? T’allais forcément te faire remarquer pauvre imbécile ! Et puis pourquoi t’y es pas allé en voiture aussi, à cette foutue boite aux lettres ? C’était une invitation pour niquer que t’as fait là ! Tu t’es peint une grosse cible dans le dos, et puis tu t’étonnes ? C’est marrant qu’on se mette à culpabiliser alors que ce n’est même pas de notre faute…

En plus de se sentir coupable, on ne se sent vraiment en danger parfois. Train, au retour de Strasbourg après un entretien. Je porte un trench et en dessous, un élégant pantalon-chemise. Wagon bondé. Je m’assois à la seule place encore disponible. Quand je croise son regard, je comprends tout de suite qu’il ne me laissera pas tranquille. « Alors, ça va la famille ? Les frères ? Les sœurs ? » Et ta sœur à toi, connard ? Je tente d’ignorer. Le mec continue. « T’es mariée ? » Pensant qu’en répondant oui, il me foutrait la paix, j’acquiesce. J’avais pas prévu la suite. « T’as des enfants ? T’en veux ? » puis un « T’es vierge ? », sorti de nulle part.
Dafuq ?

Je me lève sans un mot et change de compartiment, quand je remarque avec horreur que le gars me suit. Regard flippant et lubrique qui me donne envie de vomir. Je me réfugie auprès du contrôleur et j’appelle mon copain en pleurant. Je le supplie de laisser tomber tout ce qu’il fait et de venir me chercher à ma descente du train, tant pis si je le coupe en plein aprem avec son meilleur ami. Et si j’avais été toute seule en sortant ? Des scénarios complètements dingues me traversent l’esprit, ce qui fait redoubler ma crainte et la paranoïa qui pointe avec. Parfois j’ai envie de me promener avec un cran d’arrêt. J’ai envie de tuer le prochain qui me fera flipper comme ça, pour l’exemple. Ou l’émasculer, pour la bonne forme. Parce que le problème, il vient de là, non ? J’en ai marre de regarder derrière mon épaule sans arrêt, de devoir faire attention à là où je m’assieds parce qu’on ne sait jamais sur quel con on va tomber, de me tasser dans un coin en espérant ne pas me faire remarquer. D’ailleurs, je ne cherche pas à me faire remarquer, je voulais juste rentrer chez moi… Voilà, je recommence à essayer de me justifier, comme si c’était moi la coupable ! N’importe quoi !

On se sent sale, on a l’impression qu’on fait quelque chose de mal aussi. Jeudi soir, jogging dans la rue. En tenue de sport longue, il fait frais, suintant la sueur parce que j’ai déjà couru 5 bornes, la figure rouge, les cheveux en pétard, bref. Pas du tout de quoi attirer l’œil. Et pourtant, pourtant, des mecs klaxonnent, me crient des choses depuis la fenêtre de leur voiture, goguenards. Ils ralentissent, m’examinent sans aucune gêne, me regardent bien de haut en bas, l’air de cocher une liste de critères. J’ai juste envie de leur coller un doigt d’honneur sur la figure, de leur crier d’aller se faire foutre et de me laisser tranquille. Ça te passe carrément l’envie de retourner faire du sport. Pourtant, tu aimes le sport.

Mais c’est insupportable de sentir qu’on ne te respecte pas.
Read More

lundi 21 avril 2014

Qu'est-ce que le harcèlement de rue ?

Tentative de définition du harcèlement de rue

Qu'est-ce que le harcèlement de rue ? Que mettre sous cette "étiquette" ? Je me suis déjà souvent posée cette question : à partir de quand peut-on parler de harcèlement de rue et qui est concerné ?

Selon Wikipédia, le harcèlement de rue se définit comme "une pratique sexiste courante consistant, pour des hommes, à adresser aux passantes des remarques sur leur apparence physique, leur tenue, à les insulter ou à leur faire des propositions de nature sexuelle."

Cependant, cette définition ne me convient pas vraiment car elle ne montre pas l'étendu du problème. Alors voici une définition plus large (qui me semble correspondre davantage à la réalité) extrait de l'article "Le harcèlement de rue n'est pas une fatalité" de Libération :
"Le harcèlement de rue, c’est tous les jours, pour toutes les femmes, mais aussi pour toutes celles et ceux qui ne correspondent pas à certaines normes établies (lesbiennes, gays, etc.). De la simple interjection à l’agression physique, ce sont tous les comportements non sollicités, irrespectueux, menaçants et/ou agressifs, qui s’expriment dans l’espace public à l’égard de certaines catégories de personnes, du fait de leur genre ou de leur apparence physique ou vestimentaire. Ce sont leurs répétitions qui en font un harcèlement, inévitable par le simple fait d’être dans l’espace public."

La prise de conscience 

Baisser la tête, marcher vite, ne pas répondre, faire comme si je n'avais rien entendu, me dire que c'est pas grave, il y a pire. Voilà ce que je fais depuis que je suis ado dès que des hommes m'interpellent, me sifflent, m'insultent et s'approchent de moi alors que je marche tranquillement dans la rue. 
Jusqu'en 2012, je ne savais pas comment appeler ça. Agressions verbales ? Pas vraiment puisqu'il n'y a pas forcément insultes. Très souvent, des hommes me parlent juste parce qu'ils estiment qu'ils sont en droit de me dire ce qu'ils veulent et de m'appeler comme bon leur semble.

Grâce au film "Femme de la rue" de Sophie Peeters, dont une partie fut diffusée à l'époque dans Envoyé Spécial sur France 2, j'ai commencé à comprendre l'ampleur du problème. Que ce soit des invitations, des compliments, des interpellations, tout nous rappelle que la rue est "le fief des mâles" pour reprendre l'expression d'un article du Monde.


C'est à partir de ce moment là que j'ai lu et entendu le terme "harcèlement de rue" sur les réseaux sociaux, à la TV, dans la presse, etc. 
En 2013, un autre reportage, réalisé cette fois-ci en France par une journaliste pour Envoyé Spécial, fait le même constat de cette domination masculine dans l'espace urbain. L'émission débute par des chiffres accablants : 
"D'après une étude de l'Insee, 25% des femmes âgées de 18 à 29 ans ont peur dans la rue, 20% se font injurier au moins une fois par an et 10% subissent des baisers ou des caresses qu’elles ne désirent pas."


Il est grand temps d'agir

Prendre conscience du harcèlement de rue, c'est bien. Agir, c'est mieux. Aujourd'hui en France, seul le harcèlement sexuel est puni par la loi.
Des collectifs comme "Stop harcèlement de rue" ou d'autres initiatives comme "Paye ta Shnek" et "Projet Crocodiles" dénoncent et tentent de faire bouger les choses avec de petits moyens mais, au final, qu'est-ce qui a changé ces dernières années ? Pour moi, rien. Des hommes estiment toujours qu'ils ont le droit de m'appeler "Ma jolie", "Ma gazelle", "Ma belle", de me faire des réflexions sur mon physique, de me siffler, de me faire des gestes obscènes. Des hommes me traitent toujours de sale pute quand je rentre seule à 2h du matin, peu importe ma tenue. Et au regard des témoignages que je lis chaque jour sur Twitter ou Facebook, je suis loin d'être la seule dans cette situation.

Alors j'ai décidé d'agir car je n'en peux plus. Je n'en peux plus de baisser la tête, de devoir marcher vite parce que je me sens en danger, de ne pas répondre aux remarques, de faire comme si je n'avais rien entendu. Je n'arrive plus à me dire que ce n'est pas grave parce que ce harcèlement est bel et bien une (op)pression qui s'opère chaque fois que je sors de chez moi. Ouvrir ma gueule, voilà mon arme à présent. Je réponds, je regarde ces hommes droit dans les yeux quitte à prendre des risques, je tente de leur expliquer que je n'ai pas à subir leurs réflexions juste parce que je passe devant eux, je leur dis de la fermer tout simplement.

Et j'ai aussi voulu créer ce blog pour publier les témoignages de celles et ceux qui veulent exprimer leur ras-le-bol et qui veulent se mobiliser concrètement contre le harcèlement de rue aussi bien au niveau local qu'au niveau national. Il est grand temps d'agir et si ce n'est pas nous (femmes, hommes, LGBTQIA, hétéros, peu importe en fait) qui nous mobilisons, alors qui le fera ?

Si vous vous sentez concernées-és par ce combat et que vous avez envie de participer en témoignant / rédigeant des articles sur le blog / en organisant un évènement, n'hésitez pas à me contacter via les réseaux sociaux. Toutes contributions / idées sont les bienvenues.

Read More