Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

Stop au harcèlement dans l'espace public à Mulhouse

jeudi 24 avril 2014

Mardi 8h du matin, je suis prête à aller au boulot. Aujourd’hui, j’ai choisi un chemisier bleu et un pantalon rouge assez casuals, le dress code n’est pas strict ni BCBG là où je bosse. Avant de prendre la voiture, je me rappelle que j’ai un courrier à poster. Je regarde ma montre : j’ai encore le temps. Je décide de faire un saut en bas de la rue, où se trouve la boite aux lettres. 500m à pieds, petite mise en jambe du matin, rien de bien méchant. J’y arrive vite. Je suis à deux doigts de glisser mon courrier dans la fente, quand une énorme BMW s’arrête à côté de moi. Besoin d’aide peut-être ? Je lance un « bonjour » tonitruant, agrémenté d’un grand sourire. Bah oui, il est 8h du mat, il fait beau, il fait doux. Pas de quoi faire la gueule. Le pelé au volant me regarde avec un air interloqué, comme si c’était moi qui venait de m’arrêter devant lui. Silence bizarre. Enfin, il se lance, hésitant : « Vous travaillez là ? ». Mais qu’est-ce qu’il me raconte lui ? Il voit bien que non je suis devant une boîte aux lettres avec ma demande de remboursement CPAM en main… « Heu… Noooon… ». Nouveau silence bizarre. Le mec se démonte pas : « Vous êtes bien jolie, on ne se serait pas vus sur un site ? » « Je crois pas, non. ». Et là, c’est l’escalade : « … Et sinon, ça vous dit de passer cinq minutes de bon temps avec moi en échange d’argent ? Juste une petite fellation comme ça. » Owwwww, c’était donc ça. Il m’a prise pour une pute ! Comment, pourquoi je n’en ai aucune idée. Je n’ai pas le look de la prostituée, je n’ai pas l’attitude de la prostituée, je n’ai aucune raison d’être une prostituée là, dans une ville à la moyenne d’âge de 75 ans, à 8h du matin, alors que tout le monde s’en va bosser. Comment on se sent quand on reçoit des propositions graveleuses à 8h du mat alors qu’on pensait innocemment pouvoir rendre service ? Dégoûtée, parce qu’un inconnu a eu l’idée complètement conne de croire que t’étais du genre à les tailler comme ça (bah oui, t’avais sûrement une tête à les aimer au petit dej !). Le fait de s’être bien habillée avec des couleurs et avoir mis un peu de maquillage pour la bonne mine, parait soudain de trop. Mais qu’est-ce qui t’as pris de te faire aussi voyante avec ce pantalon rouge ? T’allais forcément te faire remarquer pauvre imbécile ! Et puis pourquoi t’y es pas allé en voiture aussi, à cette foutue boite aux lettres ? C’était une invitation pour niquer que t’as fait là ! Tu t’es peint une grosse cible dans le dos, et puis tu t’étonnes ? C’est marrant qu’on se mette à culpabiliser alors que ce n’est même pas de notre faute…

En plus de se sentir coupable, on ne se sent vraiment en danger parfois. Train, au retour de Strasbourg après un entretien. Je porte un trench et en dessous, un élégant pantalon-chemise. Wagon bondé. Je m’assois à la seule place encore disponible. Quand je croise son regard, je comprends tout de suite qu’il ne me laissera pas tranquille. « Alors, ça va la famille ? Les frères ? Les sœurs ? » Et ta sœur à toi, connard ? Je tente d’ignorer. Le mec continue. « T’es mariée ? » Pensant qu’en répondant oui, il me foutrait la paix, j’acquiesce. J’avais pas prévu la suite. « T’as des enfants ? T’en veux ? » puis un « T’es vierge ? », sorti de nulle part.
Dafuq ?

Je me lève sans un mot et change de compartiment, quand je remarque avec horreur que le gars me suit. Regard flippant et lubrique qui me donne envie de vomir. Je me réfugie auprès du contrôleur et j’appelle mon copain en pleurant. Je le supplie de laisser tomber tout ce qu’il fait et de venir me chercher à ma descente du train, tant pis si je le coupe en plein aprem avec son meilleur ami. Et si j’avais été toute seule en sortant ? Des scénarios complètements dingues me traversent l’esprit, ce qui fait redoubler ma crainte et la paranoïa qui pointe avec. Parfois j’ai envie de me promener avec un cran d’arrêt. J’ai envie de tuer le prochain qui me fera flipper comme ça, pour l’exemple. Ou l’émasculer, pour la bonne forme. Parce que le problème, il vient de là, non ? J’en ai marre de regarder derrière mon épaule sans arrêt, de devoir faire attention à là où je m’assieds parce qu’on ne sait jamais sur quel con on va tomber, de me tasser dans un coin en espérant ne pas me faire remarquer. D’ailleurs, je ne cherche pas à me faire remarquer, je voulais juste rentrer chez moi… Voilà, je recommence à essayer de me justifier, comme si c’était moi la coupable ! N’importe quoi !

On se sent sale, on a l’impression qu’on fait quelque chose de mal aussi. Jeudi soir, jogging dans la rue. En tenue de sport longue, il fait frais, suintant la sueur parce que j’ai déjà couru 5 bornes, la figure rouge, les cheveux en pétard, bref. Pas du tout de quoi attirer l’œil. Et pourtant, pourtant, des mecs klaxonnent, me crient des choses depuis la fenêtre de leur voiture, goguenards. Ils ralentissent, m’examinent sans aucune gêne, me regardent bien de haut en bas, l’air de cocher une liste de critères. J’ai juste envie de leur coller un doigt d’honneur sur la figure, de leur crier d’aller se faire foutre et de me laisser tranquille. Ça te passe carrément l’envie de retourner faire du sport. Pourtant, tu aimes le sport.

Mais c’est insupportable de sentir qu’on ne te respecte pas.

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